Hommage à Hélène Cadou

Hélène Cadou a rejoint René Guy, paisiblement, à l’aube du premier jour de l’été 2014.
Elle a été inhumée, dans l’intimité familiale, dans la tombe de René Guy Cadou , au cimetière de La Bouteillerie à Nantes.
Un hommage lui a été rendu Vendredi 27 juin à 17 h 30, en l’Hôtel de Ville de Nantes, en présence de Johanna Rolland, Maire de Nantes. Des hommages lui ont été rendus par Jean-Marc Ayrault, Yannick Guin, Joël Barreau, Jean-Claude Martin, Philippe Delerm, Noëlle Ménard, Jean-François Jacques, Gilles Baudry, Eric Hollande, Vincent Jacques, Luc Vidal, Paul Laurent, Jacqueline Laurent. Les textes de certains de ces messages sont  en ligne sur cette page.

C'était lui dans le vent glacé
Je vous dis qu'il vient de passer
C'est encore elle qui l'entraîne
Il faut me laisser m'en aller


Je ne vais pas me faire belle
Il ne se retournera pas
Elle a la douceur de la neige
Et sait lui parler mieux que moi


Mais laissez laissez-moi aller
Il est là de l'autre coté
Peut-être qu'il aurait bien froid
Toute une éternité sans moi !

Le Bonheur du jour (p. 36)

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HOMMAGES

Discours de Johanna Rolland, Maire de Nantes

Mesdames, Messieurs,

Je ressens une très grande émotion à être présente ce soir pour rendre hommage à Hélène CADOU, qui nous a quittés la semaine dernière, au terme d’une belle et longue vie, toute entière consacrée à ce qu’il y a de plus noble et de plus haut.

La poésie a été au cœur de la vie d’Hélène CADOU. Celle de son mari, René-Guy CADOU, naturellement, qu’elle avait découverte dès 1937, en lisant « Brancardiers de l’aube ». Dès ce moment, elle a voulu connaître l’auteur de ce texte qui l’avait bouleversée, dont elle a écrit que « chacun de ces poèmes (lui) apparaissait comme un pur cristal de lumière où se jouait la vie de ce jeune homme ». Ce sera chose faite en 1943.

Dès leur rencontre naîtra un attachement très fort, un lien affectif et intellectuel profond qui durera bien après la mort de René-Guy en 1951.

Toute sa vie en effet, Hélène a fait connaître l’œuvre de ce poète exceptionnel. Elle a notamment œuvré à faire de l’école de Louisfert, où il avait été instituteur, «La Demeure René Guy Cadou», véritable lieu de mémoire du poète dont elle a été la conservatrice. Elle a également fait don à notre Ville de l’ensemble des manuscrits et correspondances de son mari, permettant ainsi la constitution du Fonds René Guy Cadou, géré par la Bibliothèque municipale, dont il constitue une pièce exceptionnelle. Je veux ici à nouveau dire combien nous en sommes heureux et que nous avons à cœur de poursuivre le travail de diffusion de l’œuvre de René-Guy CADOU. Et je n’oublie pas qu’elle a créé, avec l’aide de la Ville, ce dont nous sommes particulièrement fiers, le « Centre René Guy Cadou », véritable centre de documentation consacré au poète.

Mais ce dévouement à l’œuvre de René-Guy CADOU, qui traduit la force du lien qui les unissait aussi bien que la modestie d’Hélène, ne doit pas nous faire oublier qu’elle fut elle-même un auteur de premier plan, au style très personnel, à l’univers particulier, qui s’est traduit dans pas moins de 23 recueils. Selon sa très belle expression, elle se voulait «  lingère des mots, pour les intensifier afin de gagner la transparence, (…) pour, à la fois, respirer et voir de l’autre côté et avoir accès au bleu ». Elle savait trouver les mots justes pour dire la vie, l’amour, la mort et l’absolu, qui font longuement écho chez son lecteur. Le prix Verlaine était venu récompenser cette œuvre en 1990, consécration de ses pairs qui venait s’ajouter à celle de la Nation, puisqu’elle avait été élevée à la dignité de Chevalier dans l’Ordre national du Mérite et de Chevalier dans l’Ordre des Arts et Lettres. A l’instar de ce qu’elle a fait pour les travaux de son mari, Hélène CADOU a déposé ses papiers et manuscrits auprès de la Ville de Nantes, permettant ainsi que ces deux œuvres se rejoignent et voisinent.

Elle était également très engagée dans la promotion et la diffusion de la culture, au sens large. Elle l’a manifesté notamment en tant que Présidente du Centre d’Action culturelle d’Orléans et du Loiret, puis de la Maison de la Culture d’Orléans de 1967 à 1975.

Je ne peux enfin manquer de souligner qu’Hélène était revenue vivre à Nantes à partir de 1993, ville où elle avait passé une partie de son enfance et où elle se sentait bien. C’est un grand honneur pour nous tous que d’avoir eu, parmi nos concitoyens, cette grande dame.

Hélène CADOU nous a quittés. Son œuvre, si forte, elle, ne nous quittera pas. Son exemple non plus. Je voudrais conclure en la citant, en reprenant une leçon de vie, qui je crois, la résume bien, qui nous rappelle la force et la grandeur d’âme de cette femme exceptionnelle : « j’ai appris qu’une petite chose qui s’appelle la liberté, la grâce ou bien l’amour, était plus forte que la destinée et qu’on peut toujours soulever le poids du malheur, tenter de transformer le temps, de l’alléger en devenir qui s’invente, de changer le cours de l’histoire ».

Je vous remercie.

IN MEMORIAM HELENAE

Pendant des années, après l’installation d’Hélène à Nantes, je ne l’ai rencontrée qu’épisodiquement, en particulier à l’occasion des Assemblées générales de l’Association de gestion du Centre René Guy Cadou, dont j’avais le privilège d’être un des rares membres. Autant dire que je l’ai pas alors vraiment connue.

Lorsqu’en remplacement de Georges Jean, je devins, à partir de 2007, le président de l’association, les nécessité de ma fonction, comme on dit, mais surtout le plaisir de la rencontrer, me permirent de tisser avec elle des liens d’amitié réciproque, et la grande Dame qui m’intimidait me devint plus familière. Elle ne manquait pas pour autant de m’impressionner par la conscience qu’elle manifestait d’être dépositaire d’un tel trésor ; d’un trésor qu’elle semblait protéger de je ne sais quels dangers. C’est ainsi que, d’année en année, elle se montrait de plus en plus réticente à ouvrir ses archives, de plus en plus réticente à permettre la copie de tel ou tel document, comme si c’était un peu de sa vie, de sa vraie vie, de sa vie avec René que menaçaient ces intrusion étrangères.

Quelle joie, en revanche, lorsque je l’aidai à réaliser son désir de voir apposée, au 5 quai Hoche, une plaque avertissant les passants que c’était là que le poète René Guy Cadou, à l’âge de seize ans, avait composé son premier recueil de poèmes Brancardiers de l’aube !

Mais déjà les premiers symptômes de sa maladie m’étaient apparus, déjà se manifestaient des troubles de la mémoires immédiate, déjà, de plus en plus souvent, elles reposait des questions à laquelle il lui avait été répondu, et, à mesure que disparaissait des pans entiers de sa mémoire du présent, l’habitait de plus en plus sa mémoire du passé, sa mémoire de sa rencontre avec René. Dix fois, vingt fois elle revécut devant moi, ce jour où, alors qu’elle hésitait à prendre le train qui devait l’emmener à Clisson, ce fameux 17 juin 1943, sa mère, au dernier moment, réussit à la convaincre.

Je me consolais de cette lente et inexorable avancée de la maladie en me disant que cette même maladie qui lui interdit, l’été, son habituel séjour à Louisfert et qui limitait, chaque semaine, à deux courtes après-midis sa présence au Centre René Guy Cadou, en l’empêchant d’en prendre vraiment conscience, l’empêchait aussi d’en souffrir.

Je ne me souviens pas sans un serrement de cœur de la dernière fois où Hélène vint au Centre René Guy Cadou, de la dernière fois où, sans qu’elle s’en rendît compte, lui fut arraché, sans douleur, ce qui avait été sa raison de vivre.

Joël BARREAU, Ancien Président de l’Association de Gestion du Centre René Guy Cadou.

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Et la Demeure a pris vie

C’est à travers la Poésie de René Guy que je vous découvris, Hélène, « la grande la belle la toujours désirable et comblée...» Je vous rencontrai la première fois en 1971 lors d’une exposition au château de Châteaubriant. En 1981, je fus le témoin privilégié de votre retour dans la chambre de René dans lécole de Louisfert en Poésie. Puis ce fut à partir de 1990 la réhabilitation de L’école et la création de l’Association de gestion de la Demeure de René Guy Cadou. Avec votre retour à LOUISFERT en 1993, ce fut une merveilleuse aventure. LAssociation sétait fixé trois missions : assurer l’accueil du public, développer des animations scolaires et faire rayonner J’œuvre de Cadou. Chacune de ces missions fut l’occasion de rencontres inoubliables et émouvantes. Quel n’était pas votre étonnement, en recevant des centaines de visiteurs chaque année à « Louisfert en Poésie», de retrouver des amis de longue date, perdus de vue ! L’évocation d’un objet, la réminiscence d’un mot ou la découverte d’une photo jaunie faisait jaillir l’émotion, en être le témoin engendrait une grande jubilation.

Les jeunes au cours des classes de patrimoine - du CM2 à la Seconde - se sont appropriés le « village muré de schiste», la campagne qui ouvre sur« la ruée des terres» et la population était surprise par cette effervescence. Avec leurs mots, ils ont transcrit, dans des textes pleins de fraîcheur, leur perception du monde à la manière de Cadou. Les plus petits de l’Ecole Elémentaire se sont extasiés devant votre beauté Hélène et ont découvert avec bonheur «la chambre d’écriture» à l’étage.

Pendant plus de dix ans, Louisfert fut chaque été le point de convergence d’admirateurs de la poésie de Cadou. De nombreux artistes enchantèrent les soirées locfériennes qui se terminaient autour d’un verre de cidre au café-épicerie «BOUCHERIE».

Il faut rappeler la création à Louisfert, par Véronique VELLA, Sociétaire de la Comédie Française, d’un spectacle inédit« la cinquième saison». Lintensité poétique fut atteinte lors d’une merveilleuse soirée avec Daniel GELIN, avant que la maladie ne le terrasse en 2000 :

« J’étais dans la chambre de René Guy, et près de moi la petite table en bois il avait écrit tous ses chefs d’œuvre. Je me sentais en état de grâce, en parfaite communion avec cet homme que je n’avais jamais rencontré mais dont les œuvres, les sensations, les émotions m’accompagnaient depuis des années. S’il était possible de choisir l’instant de sa mort, j’aurais choisi cet instant là, dans la chambre de Cadou… Ce fut mon dernier récital de poésie et la dernière fois que je suis apparu sur une scène. »

Daniel GELIN in «A bâtons rompus» Février 2000- Editions du Rocher-Archambaud.

C’est la magie de Louisfert en Poésie, de cette Demeure bien vivante habitée par l‘âme du poète et animée jusqu’en 2008, par votre présence rayonnante, Hélène.

Vous accompagner à la rencontre des jeunes que vous aimiez tant, partager avec vous quelques spectacles enchanteurs, vous assister pour l’accueil de groupes à Louisfert (je pense plus particulièrement à la visite de Mgr SOUBRIER, évêque de Nantes, avec quelques séminaristes) resteront des souvenirs inoubliables partagés avec mon épouse Monique.

Chaque été, grâce à l’appui de la Communauté de Communes du Castelbriantais, des centaines de visiteurs s’arrêtent dans la salle de classe. Chaque année des groupes scolaires ou d’adultes découvrent l’univers enchanteur de Cadou.

Désormais les spectacles poétiques sont plus rares Mais les voix harmonieuses de René et d’Hélène résonneront toujours dans la Demeure.

Vous n’êtes plus venue à Louisfert depuis 2008. Mais les amis qui aiment la poésie de Cadou et aussi la vôtre, viennent encore visiter la salle de classe et quand ils le peuvent, méditer dans la chambre du poète.

Hélène, vous avez rejoint « votre Prince des Lisières » et lui redites maintenant « Si nous allions vers les plages». Avec lui, à l’aube de cet été 2014, vous avez murmuré :

« Je monte dans ma chambre et prépare les feux

J’appareille tout seul vers la face rayonnante de Dieu»

A chaque retour à l’été, dans cette maison de Louisfert en Poésie vous vous êtes remise à l’écriture :

« Notre demeure

A sept fenêtres

Le savais-tu ?

Sept fenêtres

Pour boire le ciel

Et nous y perdre

Sept fenêtres

Pour nous aimer

Comme des fruits

Dans le feuillage de l’été»

Hélène CADOU «Retour à l’été» 1993

Les sept fenêtres de la Demeure de Louisfert en Poésie resteront ouvertes sur le monde pour porter bien loin les messages poétiques de paix et d’amour d’Hélène et René Guy CADOU.

Jean-Claude MARTIN, Président de l’Association de Gestion de la Demeure de René Guy Cadou , 44110 LOUISFERT EN POESIE.

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A Hélène Cadou

Chers amis

L’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire m’a chargée d’être son interprète pour évoquer notre chère Hélène qui vient de nous quitter. En effet, Hélène Cadou a rejoint l’Académie de Bretagne et des Pays de la Loire en 1993, lors de son installation à Nantes. Notre compagnie ne lui était pas étrangère, elle y comptait déjà de nombreux amis : Armel de Wismes alors vice-chancelier, (ils avaient été ensemble sur les bancs de l’Institut de lettres pendant la guerre), Sylvain Chiffoleau (l’ami de René à Clemenceau), Luce Courville conservateur de la Bibliothèque Municipale et Yves Cosson le secrétaire général. Devenue membre d’honneur, elle suivait toujours nos travaux et attendait avec plaisir la livraison annuelle de nos Cahiers. Les dernières apparitions d’Hélène à l’Académie datent de 2008 lors de la réception de deux de ses amis : Paul Louis Rossi et Jean-Louis Liters. La création du prix de poésie (aujourd’hui prix Yves Cosson) lui avait fait très plaisir. Malgré les difficultés liées à l’âge, elle était venue saluer Gilles Baudry le lauréat de 2005 qui était un de ses proches. Elle restera la fierté et l’honneur de notre compagnie où elle ne compte que des amis et des d’admirateurs.

Changeant de casquette, je voudrais vous faire partager quelques souvenirs plus personnels, concernant Hélène et la Demeure de Louisfert.

Il s’avère que je connaissais Hélène Cadou depuis mon enfance, par l’intermédiaire de mon oncle Yves Cosson  et de mon père. Ce dernier avait également été en 1949, l’un des rares souscripteurs, du fameux livre d’artiste Le Diable et son train, qui avait été réalisé dans la cuisine de Louisfert par les trois amis : René Guy Cadou, Yves Trévédy et Guy Bigot.

Mais, c’est en 1970 que j’ai appris à bien connaître Hélène. Une exposition avait été projetée à la Bibliothèque municipale de Châteaubriant, dont j’étais alors la jeune directrice, afin de commémorer le 20° anniversaire de la disparition de René en 1971. Grâce à Yves Cosson, Sylvain Chiffoleau, André Lenormand, Guy Bigot, Jean Fréour, Yves Trévédy et bien sûr Hélène, nous avons réuni la totalité des œuvres de Cadou dont toutes les éditions originales, des tableaux, des objets et beaucoup de témoignages dont ceux de ses anciens élèves et des habitants de Louisfert et de Saint-Aubin-des-châteaux. Ce fut le début de notre amitié.

À cette époque, Hélène était très occupée par le fonds ancien de la bibliothèque municipale d’Orléans et elle passait tout son temps libre à faire vivre l’œuvre de René Guy Cadou. Elle voyageait tous les étés. Elle nous faisait aussi beaucoup rire en évoquant avec gourmandise les facéties de Georges Bataille le directeur de la BM d’Orléans des années 50, dont personne dans cette ville ne connaissait l’œuvre sulfureuse, mais qui ressemblait disait-elle à un évêque (sic) .

Lors de sa retraite elle a voulu s’installer à Louisfert dans la maison d’école, et en faire une maison d’écrivain. Xavier Ménard, l’architecte (qui est aussi mon mari) prit le parti de garder l’austérité de « la maison aux sept fenêtres ». La salle de classe fut transformée en salle d’exposition avec une muséographie contemporaine, car Hélène ne voulait à aucun prix que René soit assimilé à un poète-instituteur. Simplicité extrême : murs blancs, lumière naturelle, des photos de René et d’Hélène, (agrandies par Vincent Jacques, son neveu photographe) des menus souvenirs, et quelques poèmes qui ont scandé la vie du poète. Hélène s’y est installée à l’été 1993 avec ses meubles et ses livres, avec la ferme intention d’y séjourner chaque année de juin à septembre, ce qu’elle fit.

À l’étage, « la chambre à l’avant du navire » a été reconstituée. avec le mobilier d’origine : la bibliothèque fabriquée par Caridel, le menuisier de Louisfert, la malle de l’errance, le divan, le coq offert par Max Jacob …et la fenêtre qui s’ouvre sur « la ruée des terres ». C’est là- même que René Guy Cadou a quitté ce monde le 20 mars 1951.

Dans le projet, il s’agissait de créer une maison d’écrivain, et de faire vivre Louisfert-en-Poésie. Grâce à la municipalité, la vieille salle paroissiale fut transformée en Grange aux poètes, avec une bibliothèque municipale. Je voudrais saluer ici l’engagement de Christian Bulting et de Jean-Claude Martin qui ont été, successivement, président de l’association de gestion de la Demeure. Chaque été des spectacles autour de Cadou ont été proposés. Impossible de citer tous les interprètes…En revanche, on se souviendra longtemps de Daniel Gélin (quelques semaines avant sa mort) et de Véronique Vella de la Comédie française disant du Cadou avec tous les spectateurs en larmes. Hélène était tellement heureuse à Louisfert qu’elle a voulu y recevoir les insignes de Chevalier des Arts et Lettres à l’issue de l’un de ces spectacles. La cérémonie eu lieu nuitamment sous le préau de l’école, la salle d’exposition étant trop petite et on a pris un pot dans le noir absolu !

Comme nous allions en Espagne tous les étés, elle nous avait demandé d’aller visiter pour elle la maison de Miguel Hernandez à Orihuela et celle de Federico Garcia Lorca à Fuente Vaqueros, car elle admirait beaucoup ces poètes. J’ai signé en son nom les livres d’or de ces maisons. Il a fallu au retour faire un compte-rendu précis avec photos, et surtout faire la comparaison avec Louisfert. Elle avait été très touchée par la visite d’Evelyne Bloch-Dano, (amenée à Louisfert par Jean-Yves Paumier) et de son très bel article dans le Magazine littéraire sur la Demeure. Ce texte a été publié en 2005 (Mes maisons d’écrivains Tallandier)

Tous les dimanches matin, Hélène s’installait dans la cuisine et de sa belle écriture penchée elle écrivait des poèmes ou des essais. La mémoire de l’eau (Rougerie. 1993) C’était hier et c’est demain (le Rocher 2000) De la poussière et de la grâce (Rougerie). Si nous allions vers les plages (Rougerie). Une vie entière : René Guy Cadou, la poésie, la mort (Le Rocher) Le Livre perdu (Rougerie 2007), Le Prince des lisières (Rougerie 2007)

Appartenant à une famille de scientifiques, elle aimait la rigueur et le mot juste, et chaque mot à sa juste place. Elle travaillait comme un compositeur de musique. La poésie était pour elle une ascèse, et un moyen par-delà du temps de retrouver René.

Hélène me posait beaucoup de questions, nous passions des après-midis d’été à discuter et souvent elle me demandait mon avis sur les titres de ses livres à venir. Installées dans le petit salon ou dans le jardin au milieu des roses, nous parlions beaucoup de poésie et de son propre chemin. Nous évoquions Pierre Reverdy, Max Jacob, l’œuvre de René à la mi-temps du siècle, et les poètes amis ou inconnus qu’elle lisait. Je lui disais que ses propres poèmes étaient une épure de la poésie, qu’ils avaient la géométrie et la couleur des marais salants, ce qui l’enchantait.

Pour terminer je voudrais évoquer Hélène et l’été. C’était sa saison. Elle était très heureuse d’être née en juin, d’avoir rencontré René un 17 juin, « Heureux ceux qui sont nés en juin… » Chaque année, elle se réjouissait de retrouver pour trois mois La maison d’Hélène sur la terre. Elle qui croyait aux signes, elle nous a quittés ce 21 juin, à l’aube de l’été 2014, en écho à la mort de René le jour du printemps 1951. Il n’y pas de hasard.

C’est désormais pour Hélène Cadou, un Retour à l’été (1996) définitif, et après les tourments de ces dernières années, elle a retrouvé pour toujours son cher René et leur Maison d’été.

Enfin, je voudrais vous livrer ce texte d’Yves Cosson sur la Poésie qui va si bien à Hélène.

«  La Poésie naît du silence et retourne au silence : elle est un entre deux qui s’ouvre sur les abîmes de l’être et tente d’en explorer les profondeurs. Le poète accomplit l’exercice périlleux qui consiste à côtoyer les régions mortelles de la souffrance, du Mal, et de la Mort et d’y saisir les paroles qui sauvent et qui délivrent. Alors, monte en lui la louange, avant que s’accomplisse à travers le grand combat, la plénitude de la vie qui est grâce, indicible et ineffable. »

Que les moments partagés avec Hélène et la joie lumineuse qu’elle nous donnait, demeurent comme un instant de grâce dans notre souvenir.

Noëlle MENARD

Secrétaire générale de l’Académie de Bretagne

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Vous voudrez bien excuser les quelques remarques très personnelles qui viennent.

Pour ses neveux et nièces enfants, dont j’étais, Hélène était d’abord une tante aimante et aimée. Nous la retrouvions à La Bernerie chez nos grands parents, elle venait parfois en voyage avec nous, nous passions quelques jours chez elle à Orléans, l’accompagnant rue Dupanloup à la Bibliothèque municipale. Parmi ces enfants, il y avait ceux d’entre nous qui sont trop tôt disparus : ma soeur Hélène, poète aussi, mon frère René, notre cousin Jean-Pierre…

Puis est venu le temps de la lecture de ses poèmes, au fil des recueils, le temps de la découverte de la vie « publique » d’Hélène. Mais l’admiration que nous portions à Hélène Cadou poète et militante culturelle n’a jamais pris le pas sur l ´affection familiale.

Il fallu la maladie, ces dernières années, pour que je me trouve dans l’obligation de me mêler des aspects publics de sa vie et de son action, en très grande partie consacrés à René. Elle m’assignait cette tache pour sa succession, je n’ai fait qu’anticiper, en m’efforçant de rester au plus près de ses volontés.

Je suis très reconnaissant envers la ville de Nantes, envers tous ceux qui soutenaient et accompagnaient l’action d’Hélène au Centre René Guy Cadou comme a la Demeure de Louisfert de m’avoir aide et d’avoir réuni toutes les forces possibles pour pérenniser le travail de toute une vie.

Nous avons voulu que, dès le départ, l’Association Cadou-Poésie enlace dans un même objectif l’oeuvre de René et celle d’Hélène. Le fonds créé à la Bibliothèque de Nantes réunira leurs oeuvres croisées dans un même ensemble. De même souhaitons-nous que la Demeure de Louisfert soit, plus que jamais, la Demeure d’Hélène et René Guy Cadou.

Helene était très pudique et modeste, rassemblant ses forces pour René. Le temps est venu, pour nous tous, de faire vivre son oeuvre, de faire reconnaitre partout son immense dimension poétique.

Jean-François JACQUES. Président de l’Association Cadou-Poésie.

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LETTRE A HELENE

De proche en proche tout s’éloigne

et nous voici partagés

Entre chagrin et gratitude.

Chère Hélène, vous nous avez laissés sans vraiment nous quitter.

A la mort, rien ne s’achève.

Comment imaginer à jamais enfuies

votre présence magnétique,

votre humanité chaleureuse et rayonnante ?

Un silence d’amour dure dans la mort

car l’amour véritable

abolit les séparations.

Hélène, vous êtes la part de nous

qui nous échappe et nous réunit.

Dans la mort encore vous nous protégez.

Dans les signes sensibles

vous avez su glaner tant de moments épiphaniques,

laisser entrevoir l’invisible

dans l’extase et l’émerveillement d’être au monde.

En ce monde sans âme et sans horizon,

à l’instar de René,

vous avez modulé le poème comme un chant de l’être,

une grande respiration,

une élévation et une profondeur.

Vous avez voulu faire entendre l’inouï, une sorte de musique de paradis.

Page après page, nous pouvons déchiffrer

la partition de votre tendresse pour la terre

avec le ciel en héritage

le bleu de l’infini.

Vous aviez, comme tout poète, le pressentiment

que vivre ne pouvait tenir en une seule vie,

que toute mort était natale

tout abîme, un puits de lumière.

Avec votre « longue écriture d’herbe penchée »

vous m’écriviez de Louisfert :

« Le monde pourrait être un si beau jardin

et le ciel est si grand !

Nos mains se rejoignent contre la nuit. »

Là-bas, il vous attend, le Prince tant aimé, tant hélé,

dans la fidélité à l’avenir,

à la lisière de la première aube

où l’été va l’amble de l’enfance et de l’éternité.

Par le miracle et par la grâce du poème,

comme René vous avez su porter chacun au meilleur de lui-même,

et vous croyez au port

« Car Dieu sur l’avenir allume l’espérance

Mieux qu’un million de phares sur la mer. »

Frère GILLES BAUDRY (Landévennec, 25 juin 2014)

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Je relis la première lettre qu’Hélène m’adressa, le 31mars1981. Las d’avoir comme seul écho à mes tentatives d’écriture les refus des éditeurs, je lui avais adressé les pages de LA CINQUIÈME SAISON, mon premier roman, qui serait publié seulement deux ans plus tard. Hélène me disait:

 » Oui, il y a tout un climat Cadou dans cette école, dans ces vergers, dans cette tristesse douce comme une pomme. « 

Plus loin, elle ajoutait:

« Les absents nous habitent mais ils peuvent aussi nous donner la vie. »

Enfin, elle terminait son précieux envoi par ces mots:

« À travers le temps, je vous dis l’amitié de René Guy et la mienne. »

En filigrane, dans la générosité de ce message, il y avait tout ce qui deviendrait notre amitié pénétrant les jours, les heures chaudes et toutes simples passées avec Hélène et ma compagne Martine dans la maison d’école de Louisfert. L’affection multipliait l’admiration. Car Hélène Cadou- peut-on parler d’elle autrement qu’au présent? -est la femme que j‘admire le plus au monde. C’est un destin extraordinaire que d’avoir su porter seule la reconnaissance de l’oeuvre de René Guy. D’être restée aussi absolument fidèle à l’homme qu’elle aimait et à ce qui lui tenait le plus à cœur - sa poésie.

J’ai le frisson en pensant à ces cinq années de vie commune qui leur furent données à Louisfert. Cinq années de bonheur, de création intense, avec très vite cependant, cette sensation d’urgence donnée par l’inquiétude, la maladie inexorable.

Après, si vite, la route semble terminée. Et pourtant la route est toute à faire, à inventer. Hélène l’a parcourue avec une telle dignité, une telle ferveur, un tel sens de l’accueil et de l’échange. Sa propre écriture fait partie de ce chemin. J’ai appris à aimer la poésie d’Hélène, si pure, si moderne. Oui, Hélène est une grande dame étonnamment moderne.

Je revois la curiosité avec laquelle elle écouta les premières chansons de mon fils Vincent, bien avant qu’ il ne devienne chanteur. Tout acte créatif authentique déclenchait en elle un intérêt passionné.

Elle reste la femme pour laquelle un homme a écrit le plus beau poème d’amour:

« Je t’atteindrai Hélène

À travers les prairies

À travers les matins de gel et

de lumière

[......]

Et lorsqu’il me suffit de savoir

Ton passé

Les herbes les gibiers les fleuves me répondent « 

Oui, enfermer en apparence le sens du monde dans un seul être, c’est naître au monde pour toujours. Qu’Hélène soit dans les herbes, les gibiers, les fleuves, et dans notre mémoire. Si haute qu’on rêverait seulement de l’atteindre, et que l’on reste émerveillé de l’avoir rencontrée.

Philippe DELERM, écrivain

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Quelques éclats d’elle

Sa main regarde un monde disposé comme le théâtre de ce qui fut

À la reconquête d’un grand horizon

Enfui par la fenêtre blessée

Au festin des rêveurs les faïences sont brisées par le parfum de sa voix

A chaque traversée le tangage des heures

Devenue compagne des saisons et des livres ouverts

Dans un silence musical

Sous le regard moqueur d’angelots en biscuit

Hélène dansait

Avec les mots

Un lent jour de Loire, Rochefort, sur la place, à l’ombre de l’église.

Pareils au vent qui se lève, deux verres de vins jaunes et forts.

Deux traits de soleil à mi temps du jour

Parenthèse canaille entre fraicheur et audace

Dans ces voyages en train de nuit, la nudité sombre d’un lac dévoila sa beauté à l’allure d’ancolie

Récemment encore son cœur battait, dans un rythme doux et régulier.

Ses coups traçant les lignes de la cartographie dernière d’un continent d’amour

Transporter sa vie au delà de soi, le désordre en cartons, comme un monde

Hélène, défiant la Méditerranée dans un bonheur incendié

En une immobile contemplation des hautes lumières

Le paysage se noie dans un miroir brisé.

Dont les éclats viendront blesser ses plus beaux vers

Sur une table basse des cigarettes longues comme un jour sans fin

Les volutes de la dame de la tour esquissaient déjà le contour d’une ville pour le vent qui passe

L’invitée du Dimanche midi toujours sonnait tard

Elle revenait d’une délivrance, nous offrant ainsi, au delà de l’attente, l’encre de ses yeux

Elle portait ce jour là un manteau noir à la couleur de ses cernes

Son regard sous le souffle des trains dévoila le nom de son amour

Les bras brisés du Moulin tournent toujours dans la mémoire des amants

Une femme à la proue des villes éventrées par les fleuves sombres, de la Brière aux confins de l’Enfer

Elle en lumière, sous les cieux chargés d’orages, sous les cieux vides, sous les cieux bleus, sous les cieux en pleurs, vigilante

Le serment de crève cœur ne souffre d’aucun voyeur

Comme un conseil amical discrètement déposé dans le replis d’un poème

Hélène tes enfants sont partout

Par centaines éparpillés dans les landes jaunes

Et aussi sous le vent, et aussi dans l’écume des larmes

Riches paludiers des tristesses

Elle, elle participe au monde

Délivrée, dépliée

Et si son ombre nous apaise, c’est sans répit qu’il faut vivre.

Vincent JACQUES

26 Juin 2014

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Lettre dictée mercredi après midi par Paul (91 ans) frère d’Hélène.

En ma qualité de dernier enfant survivant de la famille de Julien Laurent et de Jeanne Rivière, je souhaite qu’à l’occasion de l’hommage à ma sœur Hélène, nous puissions avoir une pensée émue pour mes parents qui nous ont donné une éducation remarquable.

Nous avons eu la grande chance de vivre dans une famille d’enseignants très pédagogues et fort dévoués.

Arrivé à Nantes pour la rentrée scolaire d’octobre 1929, chaque enfant trouva devant lui un bon chemin. L’aîné Jacques 11 ans entra en 6ème au lycée Clemenceau, mes deux sœurs Jeannette 10 ans, Hélène 7 ans et moi-même 6 ans, nous poursuivîmes notre cycle d’école primaire à l’école de Talence où mes parents venaient d’être nommés. Ce fut une véritable aventure dans un grand parc avec des classes en préfabriqués.

A la rentrée 1935, ce fut l’emménagement dans le grand groupe scolaire neuf ( Ecole Longchamp, avenue du Vélodrome) avec dix classes pour les filles et dix classes pour les garçons.

Mon père avait discuté avec les architectes pendant plusieurs mois afin d’avoir des locaux modernes adaptés.

Dès nos premières années, nos parents nous ont donné un esprit de cohésion et d’entraide qui nous a marqué durant toute notre vie. Nos parents ont su, pendant nos scolarités au lycée, nous faire partager et nous associer à cette période de grand changement et d’expansion de notre ville.

Les quatre enfants se sont mariés de 1945 à 1951 à la mairie de Nantes.

Au sein de cette famille très unie, Hélène de santé très fragile a toujours bénéficié de l’attention de son entourage immédiat.

Paul LAURENT, frère d’Hélène Cadou.

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