Hélène & René Guy Cadou

20 mars 1951 – 20 mars 2021

Il y a soixante-dix-ans, dans la nuit du printemps naissant, le corps vivant de René Guy Cadou cédait à la maladie qui le rongeait. Il avait en lui depuis longtemps cette certitude : il est vain de se demander aujourd’hui quels poèmes auraient encore pu naître : sa mort a achevé le travail d’écriture, l’a clôturé de lilas. Nous reste à écouter, encore et encore, l’enfant colporteur.

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L’Homme [à la terre]

Et maintenant, libéré de ce faix plus pesant que la vie, je monte en vous soleils, arbres, nichées d’étoiles. Je penche doucement vers la joue du matin. Le monde entier me berce.

(Liens de la terre, printemps 1942)

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Je n’irai pas tellement plus loin que la barrière de l’octroi

Que le petit bistrot tout plein d’une clientèle maraîchère

Je ne ferai jamais que quelques pas sur cette terre

Et dans cette grande journée

Je ne passerai pas pour un vieil abonné

Si les miracles font qu’une image demeure

La mienne tremblera dans les vitres gelées

Comme le chant lointain d’un enfant colporteur

[...]

(La Barrière de l’octroi, 1947)—————————————————

René Guy CADOU (1920 – 1951) est un de nos plus grands poètes. Une vie très brève, une volonté farouche de ne pas « monter à Paris », une poésie aux thématiques liées à la nature, à la fraternité et à l’amour, mais aussi à la mort, un style poétique hors des modes ont marqué ses contemporains. Le poète a été salué par les plus grands dès ses premières publications, notamment Pierre Reverdy, Francis Jammes, Jean Giono, René Lacôte (critique littéraire aux Lettres françaises), et surtout Max Jacob avec qui il a entretenu une abondante correspondance. Avec Jean Bouhier, Michel Manoll, Luc Bérimont, Jean Rousselot et d’autres, il a fondé une « Ecole de Rochefort » (Rochefort sur Loire, entre Loire et Layon), mouvement d’amitié et d’échange poétique, « cour de récréation » et non « école » au sens normatif du terme.

Hélène CADOU (1922 – 2014) a publié son œuvre poétique à partir de 1956. Son écriture poétique, brève et intense, ne doit rien à celle de René Guy CADOU, qu’elle rencontra en 1943, même si elle a consacré toute sa vie à la diffusion de l’œuvre de celui qui fut son mari. Reconnue par tous comme une des grandes œuvres poétiques contemporaines, la poésie d’Hélène Cadou a été couronnée par le Prix Verlaine en 1990. Son 23ème et dernier recueil, « Le Prince des lisières » a été publié en 2007 chez Rougerie. Les premiers recueils ont été réédités en 2012 : « Le Bonheur du jour, suivi de Cantate des nuits intérieures », aux Editions Bruno Doucey.

Ce site a pour objet de contribuer à la diffusion de leur œuvre, de faire connaître les manifestations et activités développées à propos d’Hélène et René Guy CADOU, d’établir des liens entre tous ceux que leurs œuvres passionnent.

Celui qui entre par hasard

Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète
Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui
Que chaque nœud du bois renferme davantage
De cris d'oiseaux que tout le cœur de la forêt
II suffit qu'une lampe pose son cou de femme
A la tombée du soir contre un angle verni
Pour délivrer soudain mille peuples d'abeilles
Et l'odeur de pain frais des cerisiers fleuris
Car tel est le bonheur de cette solitude
Qu'une caresse toute plate de la main
Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes
La légèreté d'un arbre dans le matin.

René Guy Cadou

Toi
Dans une tour de soleil
Toi
Dans la terre
Avec mes ongles retournés

Toi
N'en déplaise aux loups
Qui cernent mon sommeil
Toi
Dans la mer
A la pelure fraîche lavée

Avec les mille doigts du bonheur
Avec le fuseau des heures enlacées
Avec les continents à la dérive

Toi
Dans la chambre où je veille
Épaule contre ma joue
Fougère qui parle dans les vitres
Arbre du sang qui me dessine
Toi
A plein coeur à pleine voix
Toi
Dans les souvenirs à venir
Pour l'enfant que nous n'avons pas.

Hélène Cadou